L’ornementation de l’écriture dans les manuscrits arméniens, par Jacques Sislian

Depuis des temps très anciens, l’habitude était d’enjoliver et de rendre plus attrayants les textes au moyen de décors. Très tôt, les Romains utilisèrent la couleur pourpre et l’or pour ornementer leurs écrits. A l’époque chrétienne, au IVe siècle en Syrie, puis à Byzance et en Arménie, cet art s’est enrichi.

Parmi les motifs décoratifs figurant dans les manuscrits, une attention particulière a été portée aux arcades entourant les tables des canons et aux dessins en marge des textes : specimens végétaux, palmettes, rosettes, astres, animaux divers, etc. Une autre forme d’ornementation est celle des lettres «tête de chapitre» représentées sous la forme d’oiseaux, d’animaux et de fleurs principalement. En général, le texte était exécuté par un scribe qui laissait des espaces libres afin que le miniaturiste y dispose les éléments décoratifs.

La miniature arménienne a une histoire très ancienne. Nous savons par Vertanes Kertogh, auteur du VIe siècle, qu’à son époque déjà l’art consistant à orner les manuscrits était très prisé. Les premières représentations qui nous soient parvenues datent, suivant les spécialistes, des VIe et VIIe siècles (feuillets ajoutés à l’Evangile d’Etchmiadzine). Grâce aux œuvres exécutées au cours des X-XIe siècles et aux similitudes existant avec les décors représentés sur les monuments architecturaux, nous pouvons imaginer plus facilement le répertoire décoratif de la période des VI-VIIIe siècles.

Aux X-XIe siècles, l’ornementation graphique est relativement peu utilisée et se porte sur la première lettre du texte ou sur les titres des principaux chapitres. Ces lettres sont souvent imposantes, s’étendant parfois sur toute la hauteur de la page, et sont composées de motifs géométriques et entrelacés. Bien que se situant dans la lignée des miniatures précédentes (VII-IXe siècles) l’Evangile de Moughni (première moitié du XIe siècle) présente des innovations, notamment sur les pages de titres. La vignette fait penser à un canon de concordance auquel on aurait ôté sa partie inférieure. A la lettre initiale est ajouté le symbole de l’évangéliste en forme de demi-figurine, mais le texte présente peu de lettres décorées.

Dans le manuscrit de Sébaste de 1066 si l’auteur reste fidèle à l’ornementation des œuvres antérieures, il y introduit diverses modifications : renforcement du « décorativisme », caractère populaire des représentations. Le peintre accorde une attention particulière à la lettre initiale et au symbole des évangélistes, donnant ainsi naissance à un nouveau type de page de titre.

Si dans les miniatures des périodes précédentes, on utilise différentes couleurs ordinaires, à partir des XII-XIIIe siècles, l’or est de plus en plus présent. Cela se remarque tout particulièrement dans les œuvres produites dans le royaume arménien de Cilicie, monde ouvert sur la Méditerranée (…).

Source : ARMENIA–CRDA – N°80 Janvier 1984