Par Claire MOURADIAN
Vue de Moscou, la Transcaucasie apparaît comme un ensemble relativement homogène. A plusieurs reprises réunies administrativement, les trois républiques qui la constituent restent, depuis leur séparation en 1936, regroupées en une seule région économique pour les besoins de la planification. Malgré leurs différences ethnico-religieuses, leurs habitants sont perçus par les Slaves come des méridionaux basanés, au verbe haut et aux mœurs patriarcales, fournisseurs de cadres à l’appareil central du Parti et de l’Etat et champions des pratiques de l’économie parallèle. Au-delà d’une réelle « culture caucasienne » commune, tout ceci justifierait donc les sempiternelles célébrations de «l’amitié entre les peuples», que ce soit à l’occasion du jubilé du troubadour multilingue Sayat Nova, des ouvrages collectifs sur le mouvement bolchévik ou la soviétisation, ou des séminaires idéologiques destinés à améliorer la lutte contre le nationalisme local.
Source : Ani – Cahiers Arméniens n°4 – juin 1988